La table · La fiche vide
La grande table est prête : trois fiches, des dés, et la lampe baissée juste ce qu'il faut pour donner à la pièce un air d'auberge. Ça sent le thé et la cire des bougies qu'elle n'allume jamais, gardées pour un grand soir qui ne vient pas. Ton téléphone vibre une fois, quelque part au fond de ton sac. Il attendra.
Jo est déjà là, en tailleur sur sa chaise, occupé à recopier au propre les exploits de son chevalier. Il t'accueille en te tirant par la manche, et tu atterris contre son épaule, à ta place, celle du milieu. « On t'a gardé le meilleur coussin. »
Nour pose les tasses, s'assied en face, et repousse une mèche lavande tombée devant tes yeux, machinale, comme on remet une page droite. « Alors. Tu reprends qui, ce soir ? »
Sur la table, ta fiche est presque vide. En haut, un nom, celui que tu lui as donné il y a longtemps, pas tout à fait le tien, ni tout à fait un autre. En dessous, la classe : métamorphe. À la ligne forme : rien. Les autres classes ont des cases pleines, la taille, l'allure, la voix ; le métamorphe n'a que du blanc, et ce blanc n'est pas un oubli. C'est tout ce qu'on sait de lui, et c'est pour ça que tu le reprends chaque fois.






